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Marin Mersenne
Marin Mersenne.
Biographie
Naissance
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Oizé (royaume de France)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 59 ans)
Paris (royaume de France)Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Collège Henri-IV de La Flèche (-)
Collège du Mans (jusqu'en )
Université de Paris (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Philosophe, théoricien de la musique, physicien, musicologue, théologien, mathématicien, astronomeVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Ordre religieux
Ordre des Minimes (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Influencé par
René DescartesVoir et modifier les données sur Wikidata
?uvres principales
Harmonie universelle, La verite des sciences (d), nombre premier de Mersenne, lois de Mersenne, boulet de MersenneVoir et modifier les données sur Wikidata

Marin Mersenne (1588-1648), connu également sous son patronyme latinisé Marinus Mersenius, est un religieux français de l'ordre des Minimes, érudit, physicien, mathématicien, musicologue et philosophe.

On lui doit les premières lois de l'acoustique (lois de Mersenne) et, concomitamment avec Galilée, les premières formules de la loi de la chute des corps. Ecclésiastique à la culture encyclopédique et aux centres d'intérêt multiples, il fut l'une des figures centrales des érudits de son temps et, selon de Waard, le « secrétaire général de l'Europe savante ».

  1. ? Robert Lenoble, Quelques aspects d'une révolution scientifique - A propos du troisième centenaire du P. Mersenne, Revue d'histoire des sciences, 1948/2-1, pp. 53-79.

Biographie

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Formation et premiers couvents

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Né de Jeanne Moulière et de Julien Mersenne, dans une famille pauvre du hameau de la Soultière à Oizé. Il passe ses premières années au collège du Mans, puis étudie au collège de La Flèche. Il en est l'un des premiers élèves et y était condisciple de René Descartes.

En 1609 il rejoint le collège royal de Paris et la Sorbonne, où il achève ses études en 1611. Il accomplit son noviciat dans les couvents des Minimes de Nigeon et de Fublaines. En 1612, il est ordonné prêtre. L'année suivante il réside au couvent Saint-Pierre de Fublaines près de Meaux, puis enseigne la philosophie et la théologie au couvent des Minimes de Nevers, dont un de ses étudiants, Hilarion de Coste, deviendra son confident et son biographe.

En 1619, il est nommé « correcteur » du Collège de Nevers, mais, vers la fin de l'année, il obtient un poste de professeur au couvent des Minimes de la place Royale (place des Vosges) à Paris, dont il devient le supérieur deux ans plus tard, et où il passe le reste de sa vie.

Un catholique intransigeant

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Giulio Cesare Vanini.

Pythagoricien, et convaincu avec Kepler de « l'harmonie universelle », il rompt avec cet idéalisme et en 1623, il critique la Kabbale chrétienne, Zorzi et ses contemporains déistes ou athées dans ses Quæstiones celeberrimæ sur la Genèse. Il y condamne Giulio Cesare Vanini et affirme approuver son supplice. Selon ses propres estimations, Paris compte alors 50 000 athées ou libertins. Il dresse la liste des écrivains coupables à ses yeux d'athéisme : elle comprend Giordano Bruno, Vanini, Pierre Charron, Jérôme Cardan, Machiavel, Abraham Gorlaeus, Jacques Charpentier, Sébastien Basson, Nicholas Hill (en), Tommaso Campanella, etc. Il appelle contre eux les flammes et la main du bourreau.

L'année suivante, il s'oppose à l'Anglais Robert Fludd, tenant de la chiromancie, dont il condamne la croyance en l'astrologie et appelle à son interdiction en Angleterre. En , il se lie d'amitié avec Pierre Gassendi. Il publie cette année-là, L'Impiété des déistes, athées et libertins de ce temps, combattue et renversée de point en point par des raisons tirées de la philosophie et de la théologie. Défenseur de la foi catholique, Mersenne se fait alors le tenant des « idées innées » et d'un être souverainement parfait. Il critique à rebours le renouveau ésotérique, marqué par l'apparition des Rose-Croix en 1625 et publie cette même année La Vérité des sciences contre les sceptiques et les pyrrhoniens. Il montre au travers de ces réfutations qu'il connaît parfaitement les théories du philosophe nolain Giordano Bruno. Il rejette sa croyance en l'âme du monde, la transmigration des âmes, la pluralité des mondes et, surtout, la volonté ? qu'il lit dans les ?uvres de Giordano Bruno ? de ramener les mystères de la foi à des causes naturelles ; d'un même mouvement, il est son premier traducteur (relativement fidèle) en français, et son premier vulgarisateur.

En 1626, Mersenne se lie d'amitié avec René Descartes et publie des traductions d'Euclide, d'Apollonios de Perga, d'Archimède, de Serenus, de Ménélaos et de Francesco Maurolico. En 1627, il publie son premier traité de l'harmonie universelle sur la musique où sont contenues les théories des anciens et des modernes.

Un scientifique à la recherche de la voie

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Pierre Gassendi.

Le , il observe une éclipse de Lune avec son ami Claude Mydorge ; ces observations rejoignent celle de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, dont ce dernier est l'instigateur, et permettent de corriger la distance Aix-Paris. La même année, il assiste chez le nonce apostolique à l'exposé par Descartes des premiers éléments de sa méthode.

De 1629 à 1630, il voyage en Hollande pour se soigner aux eaux de Spa ; il y rencontre de nombreux savants, dont Martin van den Hove (Hortensius) et le père Malapert. Certaines de ces rencontres, avec des savants soupçonnés d'hérésie, lui seront reprochées ; on dit qu'il en fut affecté. De retour à Paris en 1630, il propose à Gilles Personne de Roberval le problème de la cycloïde. Deux de ses amis, François de La Noue et Jean Duret, lui ayant déjà servi de prête-nom, il demanda alors à Gassendi de composer un examen de la doctrine de Fludd à laquelle il ne veut pas répondre personnellement.

Il publie, peu après l'abjuration de Galilée le , les Mechaniques, une ?uvre d'inspiration manifestement pro-galiléenne ; et en 1639, il traduit les Nouvelles Pensées de l'italien. Pour autant, il se tient dans une position d'attente et refuse de se déterminer en faveur du système copernicien. Pour lui, « il n'y a pas de démonstration naturelle qui contraigne d'embrasser la stabilité ou la mobilité de la Terre. » En 1634 se fixe sa doctrine, avec la création de l'Academia Parisiensis, qui rejoint dans son éclectisme celles de ses deux amis, Thomas Hobbes et Pierre Gassendi.

Le , il observe de nouveau une éclipse de lune pour en rendre aussitôt compte à Peiresc. Il s'entremet de nouveau pour Peiresc et visite pour lui les systèmes d'alimentation de fontaines de Paris, de Rougi, de Bellevile et de Liancourt ; ces expériences le conduisent 1 500 pas sous terre. Il témoigne encore son amitié à l'abbé de Guitres en lui communiquant ses idées sur la musique dans un tirage à part de son Harmonicorum Libri. En 1637, à la mort de Peiresc, il se rapproche encore davantage de Gassendi, avec lequel il partage enfin la même volonté de réfuter le dogmatisme mais dépasser le scepticisme.

Academia Parisiensis

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René Descartes.

L'Académie de Mersenne n'est pas à proprement parler une institution ; le père minime recherche des vérités démontrées, et se défie de l'autorité des auteurs anciens. C'est cette volonté qui préside en 1635 à la création de l'Academia Parisiensis, qui préfigure celle créée par Colbert en 1666. Mersenne est resté célèbre car, à une époque où la presse scientifique n'existait pas encore, il fut (après les frères Dupuy, Pierre et Jacques, dont il fréquenta l'Académie ouverte aux provinciaux de passage à Paris) le centre d'un réseau d'échange d'informations, prémices de la future Académie des sciences : en témoigne sa très volumineuse correspondance (en latin comme en français) avec d'autres mathématiciens et scientifiques de nombreux pays, comme Descartes, Gassendi, Peiresc, dont il fut véritablement l'ami, Wilhelm Schickard dont il connaît l'horloge à calculer, Pierre de Fermat, Jean-Baptiste Van Helmont, Godefroy Wendelin, Ismaël Bouillaud, Adrien Auzout ou Torricelli.

L'Académie de Mersenne se tient dans les maisons de chacun de ses membres, puis, ne pouvant se déplacer qu'avec difficulté, le père minime reçoit ses savants amis dans sa cellule, de façon informelle mais à des jours fixés à l'avance. Il a près de cent quarante correspondants et par ce biais il fait connaître les uns aux autres. Dans le but de faire progresser la connaissance, il ne craint pas de provoquer malicieusement des disputes entre ses savants amis pour qu'ils puissent confronter leurs points de vue respectifs, ce qui peut être l'origine de querelles violentes. Il n'a pas hésité par exemple à divulguer des lettres sans l'accord de leur expéditeur.

On compte, dans cette Académie, nombre de mathématiciens, mais aussi quelques astronomes, des philosophes, des imprimeurs, des jésuites (Pierre Bourdin), des conseillers d'État (Pierre Brûlart de Saint Martin), des médecins, des ingénieurs, des artisans et surtout : Pierre Hérigone, Christian Huygens, Étienne Pascal puis Blaise Pascal, Pierre Gassendi, Girard Desargues, Thomas Hobbes, Jean de Beaugrand, Carcavy, Gilles Personne de Roberval, Claude Mydorge, Claude Hardy, Pierre Petit (l'intendant des fortifications de Rouen), Frénicle de Bessy, mais aussi des philosophes, des littérateurs, des gens de cour? On y compte également Jean-Baptiste Chauveau, Florimond de Beaune et Thomas Campanella? Ils entrent en correspondance avec Fermat et Descartes par l'entremise du père minime. Leur liste sera dressée par Hilarion de Coste et montera jusqu'à 180 noms, classés en cinq catégories selon un ordre parfois surprenant.

Entre 1637 et 1638, il entretient la polémique autour de la doctrine de Descartes, sa Dioptrique, la quadrature de la roulette, la rivalité de Descartes et de Fermat sur la question des tangentes, celle de Beaugrand et de Descartes sur ses emprunts à François Viète.

En 1639, c'est « très probablement » lui qui traduit, de façon anonyme et assez libre, le De veritate (en) ou théorie de la vérité de l'ambassadeur et stoïcien anglais Edward Herbert de Cherbury, qui prend pour règle de la vérité le consentement universel (cette définition s'oppose nettement à celle de Descartes). Il en communique le traité à Gassendi, qui reproche à l'Anglais son « optimisme anthropologique ». La même année, il voyage dans l'Est de la France.

En 1641, il provoque les objections de Hobbes et de Gassendi aux Méditations de Descartes, et il fait publier peu après le manuscrit de ces méditations, de ces critiques et des réponses de l'auteur.

Les derniers voyages

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Pierre de Fermat.

En 1644, il voyage en Provence et en Italie, où il découvre les expériences d'Evangelista Torricelli ; à son retour, il publie ses Cogita physico-mathematica. À une demande du socinien Florianus Crusius, qui veut prouver l'existence de Dieu, il l'incite à la prudence sur ce sujet en 1645 dans une lettre où il évoque les croyances de ses amis géomètres, manifestant ainsi tout le chemin qu'il a parcouru depuis ses diatribes contre les sceptiques :

« Quand vous direz : « Dieu est ou possible ou impossible : s'il est possible, il existe déjà ; s'il est impossible, qu'on nous montre la contradiction ! », ils vous diront qu'ils ne savent s'il implique contradiction ou non, que cela ne se peut pas démontrer. J'ai voulu vous avertir de toutes ces choses, afin que vous ne travailliez pas inutilement. Ces messieurs croient néanmoins par la foi que Dieu existe, car ils sont chrétiens ; mais ils confessent et assurent que par la raison ils n'en peuvent être persuadés ou convaincus. »

À Rome, il rencontre également le père Athanase Kircher, à qui il apporte un exemplaire de son Harmonie universelle et avec qui il discutera de théorie musicale. Kircher le cite et le critique dans sa Musurgia universalis, notamment en ce qui concerne les échos paraboliques, dont Kircher nie la possibilité.

En 1646, il se rend à Bordeaux où il rencontre enfin Pierre de Fermat ; de retour à Paris, il complète son livre d'observations physiques et mathématiques ; mais il tombe malade après sa visite chez Descartes deux ans plus tard, en , par une journée très chaude où il boit trop abondamment de l'eau fraîche. Le père Jean Aubry demeure alors auprès de lui jusqu'à la fin. Les médecins consultés lui ont diagnostiqué une pleurésie et ordonné de fréquentes saignées, puis une incision du côté droit, dont il mourut entre les bras de son ami Gassendi. Ce dernier écrivit quelques jours plus tard à son protecteur Louis de Valois :

« À l'heure de son agonie, il pria les médecins de faire l'autopsie de son cadavre ; il voulait que par ce moyen ils connussent le caractère de son affection qu'ils avaient ignoré, et que cette connaissance leur servît pour traiter d'autres personnes atteintes du même mal. »

Les pères minimes dispersèrent à sa mort sa collection d'instruments d'optiques dont une grande lunette de cinq pieds. Hilarion de Coste publia sa biographie en 1649.

  1. ? Histoire littéraire du Maine, p. 321.
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  4. ? Émile Namer, La Vie et l'?uvre de J. C. Vanini, prince des libertins, mort à Toulouse sur le bucher en 1619, Vrin, 2000 (ISBN 2711641120), p.  147, aperçu sur Google Livres.
  5. ? (en) Daniel Garber et Michael Ayers, The Cambridge History of Seventeenth-Century Philosophy, vol. 1, Cambridge University Press, 2003 p. 466, aperçu sur Google Livres.
  6. ? Gilles PROUST - Clermont-Ferrand, « Pensées de Blaise Pascal », sur www.penseesdepascal.fr (consulté le )
  7. ? Histoire littéraire du Maine, p. 342 et suivantes.
  8. ? Marin Mersenne, L'impiété des déistes, athées et libertins de ce temps, combattue et renversée de point en point par raisons tirées de la philosophie et de la théologie, ensemble la réfutation du « Poème des déistes » chez P. Bilaine, 1624, Paris, p. 584, aperçu sur Google Livres.
  9. ? Maury 2003, p. 20 : « Mersenne a commencé par publier en 1623 deux petits ouvrages de dévotion, avant ses monumentales Questions sur la Genèse, où il pourfend les hérétiques et appelle sur eux les tenailles du bourreau ».
  10. ? Histoire littéraire du Maine, p. 339.
  11. ? Antonella Del Prete, Réfuter et traduire : Marin Mersenne et la cosmologie de Giordano Bruno.
  12. ? Pierre Humbert, « Mersenne et les astronomes de son temps », Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, t. 2, n 1,‎ , p. 29-32 (lire en ligne).
  13. ? Anne Reinbold (dir.) (préf. Pierre Costabel), Peiresc, ou la passion de connaître : colloque de Carpentras, novembre 1987, Paris, Vrin, , 206 p. (ISBN 2-7116-1018-7, lire en ligne).
  14. ? Histoire littéraire du Maine, p. 347 et suivantes.
  15. ? Dictionnaire des sciences philosophiques, Hachette, 1843, p. 496, aperçu sur Google Livres.
  16. ? August Buck, Sciences de la Renaissance, p. 87-88, aperçu sur Google Livres.
  17. ? Jean Itard, Correspondance du P. Marin Mersenne, religieux minime, t. V (1635).
  18. ? Pour une description synthétique de l'ensemble des membres de l'Academia Parisiensis depuis sa création jusqu'à la veille de la révolution industrielle (1800), voir David de la Croix et Julie Duchêne (2021), Scholars and Literati at the « Marsenne » Academy (1635-1648), Repertorium Eruditorum Totius Europæ , 2 : 7-12.
  19. ? Catherine Goldstein, « L'honneur de l'Esprit : de la République des mathématiques », in Dire et vivre l'ordre social en France sous l'Ancien Régime, textes réunis par Fanny Cosandey, Paris, éd. de l'EHESS, 2005, p. 191-230.
  20. ? Egidio Festa, Vincent Jullien et Maurizio Torrini, Géométrie, atomisme et vide dans l'école de Galilée.
  21. ? Luis Fernando Areán Alvarez et Sara Martinez 2018, p. 35
  22. ? Jacqueline Lagrée, Le salut du laïc : Edward Herbert de Cherbury, Vrin, (lire en ligne), p. 10.
  23. ? Lagrée 1989, p. 38.
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