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| Naissance | Saint-Pierremont (Champagne) |
|---|---|
| Décès |
(à 75 ans) Saint-Germain-des-Prés |
| Sépulture |
Abbaye Royale de Saint-Germain-des-Prés |
| Pseudonymes |
Un Bénédictin, Eusebius Romanus, Un Religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur |
| Nationalité |
française |
| Formation | |
| Activités |
Historien, religieux catholique, paléographe, historien de l'Église, écrivain, théologien, archiviste, érudit |
| Ordre religieux |
Congrégation de Saint-Maur |
|---|---|
| Membre de |
Académie des inscriptions et belles-lettres (- |
Jean Mabillon, plus connu sous le nom de Dom Mabillon, né le à Saint-Pierremont (actuel département des Ardennes, alors en Champagne), et mort le à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris, est un homme d'église et un historien français du règne de Louis XIV.
Issu d'une famille paysanne de l'Argonne, Jean Mabillon fait des études secondaires au collège de Reims, puis passe trois ans au séminaire diocésain, avant de devenir moine bénédictin en 1653, successivement dans plusieurs établissements, avant de se fixer en 1664 à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés où il consacre le reste de sa vie à la prière et à l'étude.
Membre de la congrégation réformée de Saint-Maur, fondée en 1632 et spécialisée dans les travaux d'érudition, il est à l'origine d'avancées importantes dans le domaine de l'étude des documents historiques et est considéré comme le fondateur de la diplomatique, science auxiliaire de l'histoire définissant les règles pour établir la date, la provenance, la nature, l'authenticité et les versions successives d'un document écrit. La publication de son livre De re diplomatica a été considérée par le médiéviste Marc Bloch (1886-1944) comme « une grande date ... dans l'histoire de l'esprit humain ».
Il a en effet joué un rôle déterminant dans la transmission des savoirs au XVII siècle, introduisant pour la première fois un « discours de la méthode » de l'analyse des documents du passé, qui fait référence pour les historiens et les chartistes. Son esprit critique et rigoureux se retrouve aussi dans ses éditions des ?uvres des Pères de l'Église et des grands théologiens chrétiens. Les travaux de Jean Mabillon dans ce domaine ont donné un nouvel élan à l'étude des premiers textes chrétiens et de la patristique.
Enfin, ce voyageur et épistolier a entretenu un réseau de contacts au sein de la République des Lettres européenne, notamment en Bourgogne, en Champagne, en Lorraine, aux Pays-Bas, en Suisse, dans le Saint-Empire et en Italie.
Sa vie est marquée par son caractère, fait à la fois de sérénité et de ténacité dans l'analyse et l'argumentation, et par sa capacité à associer sa vocation intellectuelle et scientifique à sa vocation religieuse.

Né en 1632, il est le cinquième enfant d'Estienne Mabillon, agriculteur (mort le , âgé de 104 ans), et de son épouse, Jeanne Guérin.
Son village natal de Saint-Pierremont est situé aux confins de l'Argonne ardennaise, sur une petite colline à quelques kilomètres de la forêt et de l'abbaye de Belval, et arrosé par un ruisseau qui se jette dans la Bar, affluent de rive gauche de la Meuse.
Cette famille de laboureurs habite dans une modeste maison à quelques pas de l'église paroissiale.
Jean Mabillon révèle à l'école du village des capacités intellectuelles qui justifient de poursuivre d'autres études en d'autres lieux, ces petites écoles n'ayant pas d'autres ambitions que d'apprendre à lire, à écrire et à compter sommairement.
À l'âge de neuf ans, on l'envoie donc chez son oncle, Jean Mabillon, prêtre de paroisse à Neuville-Day (actuel département des Ardennes), qui lui enseigne les « rudiments » et lui procure les ressources nécessaires pour qu'il puisse continuer ses études.
Grâce à son oncle, il entre en 1644 au collège des Bons Enfants à Reims, qui est à la fois collège et université. Il habite en pension, moitié comme élève, moitié comme domestique, chez un chanoine de la cathédrale qui est aussi abbé commendataire. Celui-ci surveille ses progrès avec intérêt, et, en 1650, le fait entrer au séminaire du diocèse de Reims, où il va passer trois ans.
En 1653, il quitte le séminaire, pour rejoindre la congrégation de Saint-Maur, à l'abbaye Saint-Remi de Reims. Cette évolution dans sa vocation religieuse s'explique, selon certains auteurs, par sa déception devant la conduite et le parcours de son oncle, prêtre séculier auprès de qui il a vécu en Ardennes avant que ce dernier ne soit nommé à Condé-sur-Marne, et, pour d'autres, par l'exemple des moines de l'abbaye Saint-Remi, et tout particulièrement des novices dont il admirait la ferveur. Le de cette année 1653, il est admis au nombre des postulants. Le , il revêt l'habit bénédictin dans la congrégation de Saint-Maur. Il n'a pas vingt et un ans lorsqu'il fait profession d'obéissance, stabilité et conversion des m?urs.
À partir de 1656, il est successivement envoyé à l'abbaye de Nogent-sous-Coucy, puis à l'abbaye Saint-Pierre de Corbie. Même si des emplois à des tâches plus temporelles lui sont affectés, il s'adonne également à l'étude des « Antiquités », c'est-à-dire des documents anciens. Il commence à élaborer progressivement les règles d'une méthode critique de l'usage des documents, en s'intéressant à la démarche historique d'un de ses illustres prédécesseurs à l'abbaye de Nogent-sous-Coucy, Guibert de Nogent.
Après un séjour comme trésorier à l'abbaye de Saint-Denis, en 1663 et 1664, rapidement remarqué par les membres de son ordre en raison de ses capacités, il est envoyé, à l'âge de trente et un ans, à Saint-Germain-des-Prés, en juillet 1664.
Il y rejoint un cercle d'érudits formés autour du bibliothécaire de l'abbaye, Luc d'Achery, auquel il est appelé à succéder. Il commence alors à assister ce dernier dans la collecte de documents en vue de la rédaction des Actes de l'Ordre de Saint-Benoît (Acta Ordinis Sancti Benedicti) : sa contribution se révèle tellement déterminante dans l'?uvre issue de ce projet, dont le premier volume paraît en 1703, qu'elle lui est attribuée en définitive. Il reprend également les travaux, qu'il porte à bonne fin, sur une édition des ?uvres de Saint-Bernard, entreprise par Dom Claude Chantelou. Bientôt, des associés lui sont adressés, qui deviennent des amis, notamment Claude Estiennot de la Serrée, Michel Germain et Thierry Ruinart. Ce dernier est originaire comme lui de la province de Champagne.
L'érudition dont il fait preuve dans ses ?uvres, et la fiabilité de son interprétation des sources documentaires sont remarquées rapidement par ses contemporains qui accordent de plus en plus d'attention et de crédit à ses écrits. Chacune de ses publications est autorisée voire suscitée par sa hiérarchie au sein de la congrégation de Saint-Maur, dont il est devenu l'une des voix. Il intervient ainsi sur des controverses en cours, en particulier sur l'identification de l'auteur de L'Imitation de Jésus-Christ, ainsi que l'usage du pain azyme pour l'Eucharistie. Sur ce dernier sujet, il répond initialement à une publication de Jacques Sirmond, mais s'aperçoit que cet écrit contredit également un traité récent du cardinal Bona, qu'il connaît bien et avec qui il est en contact très régulièrement. Il s'excuse auprès de ce dernier, de façon très courtoise, d'être publiquement rentré en controverse mais maintient fermement, dans un traité définitif, son analyse.

En 1681, il publie le traité De re diplomatica, qu'il rédige à la demande de ses supérieurs en réponse à la mise en question de l'authenticité de certaines chartes de l'abbaye de Saint-Denis par un jésuite, le bollandiste Daniel van Papenbroeck. Il y propose des outils permettant d'authentifier un document et de le dater. Le retentissement de cette ?uvre vaut à Jean Mabillon, à quarante-neuf ans, d'apparaître comme le fondateur d'une nouvelle science, « la diplomatique », l'analyse critique des documents et chartes, dont l'intérêt est unanimement reconnu.
La préface de l'?uvre, écrite par Jean Mabillon, est significative de la sérénité et de la modération qu'il s'impose : « Deux choses nous ont poussé à écrire ce livre : d'un côté l'utilité de cette science nouvelle, et de l'autre la nécessité d'une défense [?] En réfutant les objections que nous ont faites des adversaires irrités, nous nous sommes efforcés de ne point aller trop loin dans la réplique et de dire toute la vérité [?] Qu'il [le lecteur] se souvienne que s'il est plus difficile de défendre que d'accuser, à plus forte raison est-il plus facile de causer des blessures que de les guérir. ». Daniel van Papenbroeck, son contradicteur, lui répond notamment, dans une lettre qui fait honneur à son auteur : « Je vous avoue que j'ai plus d'autre satisfaction d'avoir écrit sur cette matière que celle de vous avoir donné occasion de composer un ouvrage aussi accompli ».
Devenu le protégé de Colbert, Champenois comme lui, il effectue pour ce dernier deux voyages ? en Bourgogne (1682), puis en Suisse et en Allemagne (1683) ? afin de collecter et d'authentifier des documents sur l'histoire de la couronne, puis sur celle de l'Église en France. « Le but de la mission était de copier dans les monastères allemands les pièces intéressant la politique de la France et de dresser un relevé des documents concernant la monarchie, présents dans les bibliothèques d'outre-Rhin ». L'archevêque de Reims, Charles-Maurice Le Tellier, devient également un grand admirateur de Mabillon et fait en sorte qu'en 1685, le roi confie à ce dernier la tâche de visiter les principales bibliothèques d'Italie afin d'acquérir des livres et des manuscrits pour la Bibliothèque royale. Il accomplit cette mission avec l'aide et la compagnie de son ami et ancien collaborateur Dom Claude Estiennot de la Serrée, devenu procureur de la Congrégation de Saint-Maur près le Saint-Siège, avec lequel il a continué à entretenir une correspondance riche et assidue. Durant ce séjour, les hôtes italiens ne perçoivent pas autrement les moines bénédictins commandés par Mabillon que comme un « corps expéditionnaire de l'érudition française ».
Son travail sans concession pour développer la critique historique, sa connaissance de la tradition monastique et son audience le désignent naturellement lorsqu'il s'agit pour la congrégation de Saint-Maur de réagir à la controverse ouverte par l'abbé de La Trappe, Rancé, dans trois ouvrages successifs, sur la place que doivent tenir les études par rapport au travail manuel dans la vie monastique. Rancé remet en valeur le silence et le travail manuel, si possible pénible, et nie l'intérêt des études scientifiques dans un monastère. Mabillon répond à ce dernier par un Traité des études monastiques (1691). Ce traité est bien accueilli par une partie des érudits, savants et scientifiques, religieux ou non. Pierre-Daniel Huet lui écrit ainsi : « Je suis ravi que vous aiez entrepris de désabuser ceux à qui on a voulu persuader, depuis quelques années, que l'ignorance est une qualité nécessaire à un bon religieux ».
Mais les thèses de Rancé conservent un certain succès auprès d'une autre partie de la communauté religieuse, ainsi qu'au sein de la noblesse et de la Cour. L'abbé de La Trappe écrit une réponse au traité, qui provoque de la part de Jean Mabillon la publication des Réflexions sur la Réponse de M. l'abbé de la Trappe au traité des Études monastiques, où il se garde bien d'adopter un ton polémique. En définitive, Jean Mabillon reçoit l'appui du roi qui déclare à son propos le considérer comme « le plus savant et le plus humble religieux de son royaume », ce qui incite Rancé à clore l'échange, d'autant que son contradicteur prend soin de lui rendre visite, avec la cordialité requise.
En 1694, ayant été conduit à s'intéresser au sort d'un religieux condamné à la prison, il écrit un mémoire sur les conditions de détention dans les geôles réservées à cet effet, Réflexions sur les prisons des ordres religieux, plaidant pour un traitement plus humain. L'ouvrage reste au sein de la communauté de l'abbaye de Saint-Germain, sans que la hiérarchie n'ose ni le faire connaître ni le détruire. Thierry Ruinart ne le cite pas. Il n'est publié que bien plus tard, dans les ?uvres posthumes. En 1698, Jean Mabillon proteste en vain dans une lettre De Cultu sanctorum ignotorum sous le pseudonyme d'« Eusebius Romanus » contre la vénération des reliques des saints anonymes dans les catacombes de Rome et le caractère douteux des canonisations opérées sur les corps ainsi extraits, ce qui lui vaut d'être convoqué pour s'expliquer et d'avoir à publier, en apparence de soumission, une défense de la Sainte Larme de Vendôme.
Finalement, en dépit des attaques qu'il subit, la réputation de Mabillon ressort intacte et, en 1701, il est nommé membre de l'Académie royale des Inscriptions et Médailles par le roi. En 1703, il publie le premier volume consacré à l'histoire de son ordre, les Annales de l'Ordre de Saint-Benoît, qui lui vaut les louanges de Bossuet. Les autres volumes suivent et le cinquième sera publié après sa mort. D'ultimes controverses le décident également à apporter des précisions et des suppléments à son ?uvre maîtresse, le De re diplomatica. Il se consacre aussi à un ouvrage sur La Mort chrétienne.
Il meurt en 1707 à Saint-Germain-des-Prés. Les cendres de Mabillon, unies à celles de Descartes, ont été déposées dans une tombe scellée dans un mur de l'église Saint-Germain-des-Prés. À proximité, une rue de Paris porte son nom (ainsi que le restaurant universitaire qui s'y trouve), à titre d'hommage. Une station de métro parisienne à proximité d'une rue du même nom en 1925, et une rue de Reims ont également été nommées en son honneur. Le centre de recherche en sciences historiques de l'École nationale des chartes porte également son nom.
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