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Jean Guitton
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Fonction
Fauteuil 10 de l'Académie française
-
Léon Bérard
Florence Delay
Biographie
Naissance
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Saint-ÉtienneVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 97 ans)
5e arrondissement de ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Chapelle du Deveix (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
françaiseVoir et modifier les données sur Wikidata
Formation
École normale supérieure
Université de ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Philosophe, écrivain, théologien, professeur d'universitéVoir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Henri GuittonVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
La Croix
Université de ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Domaine
Métaphysique, religion, apologétique, épistémologie, sociologie
Membre de
Académie française (-)
Académie des sciences morales et politiquesVoir et modifier les données sur Wikidata
Conflit
Seconde Guerre mondialeVoir et modifier les données sur Wikidata
Mouvement
Spiritualisme français
Maître
Jacques ChevalierVoir et modifier les données sur Wikidata
Influencé par
Plotin, Bergson, Chevalier, Lavelle, Sergueï Boulgakov
Distinctions
Liste détaillée
Prix Bordin ()
Prix Vitet ()
Prix Eugène-Carrière ()
Prix Constant-Dauguet ()
Grand prix de littérature de l'Académie française ()
Prix Ève-Delacroix ()
Prix Pierre-Lafue ()
Commandeur de la Légion d'honneur?
Commandeur des Arts et des Lettres?Voir et modifier les données sur Wikidata
?uvres principales
Justification du temps ; L'existence temporelle ; Portrait de Monsieur Pouget ; Le travail intellectuel ; L'amour humain ; L'impur

Jean Guitton, né le à Saint-Étienne (Loire) et mort le à Paris 5, est un philosophe et écrivain catholique français, membre de l'Académie française.

Biographie

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Famille et formation

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Jean Marie Pierre Guitton, fils de Auguste Guitton, un industriel prospère de la passementerie, et Gabrielle Bertrand, naît au sein d'une famille catholique de la bourgeoisie stéphanoise : catholique de tradition quasi "janséniste" du côté paternel, et catholique ouvert aux progrès du temps du côté maternel, son grand-père maternel faisant preuve de scepticisme et de doute. Cette diversité dans les expressions de la foi marque l'originalité de sa pensée. Son frère, Henri Guitton (1904-1992), devint un économiste très réputé. Il est le cousin du poète Jean Desthieux.

Élève au lycée de Saint-Étienne, il y fait de brillantes études qui le mènent à l'École normale supérieure (promotion 1920). En 1921, il rencontre Jacques Chevalier qui fut son premier maître, lui fit découvrir le Père Pouget, Lord Halifax. Jacques Chevalier le convainc de quitter la section des lettres pour la philosophie. Il est classé deuxième à l'agrégation de philosophie en 1923 et devient docteur ès lettres en 1933. Il enseigne la philosophie au lycée de Troyes (1924-25) et plus tard au lycée Théodore-de-Banville à Moulins (Allier) ; Jean Guitton avait de solides racines bourbonnaises (à Saint-Pourçain-sur-Sioule). Sa thèse porte sur Le Temps et l'éternité chez Plotin et saint Augustin ; sa seconde thèse porte sur le La philosophie de Newman. Essai sur l'idée de développement. Il enseigne au lycée du Parc à Lyon pendant deux années avant d'être nommé à l'université de Montpellier en 1937.

Le à Nice, Jean Guitton épouse Marie-Louise Honorine Bonnet (Puget-Théniers, Alpes-Maritimes, 22.03.1901 - Nice, 18.01.1974), sans descendance.

Parcours

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Son ?uvre est multidimensionnelle : philosophie, critique religieuse, pédagogie, histoire de la pensée, biographie, sagesse. Philosophe, c'est d'abord par le travail de la raison qu'il aborde toutes choses. Mais ce sont ses portraits qui le font rentrer en littérature (dès le Portrait de Monsieur Pouget, apprécié d'Alain et de Camus). Jean Guitton a aussi été désigné par Bergson, aux côtés de Vladimir Jankélévitch, comme héritier de sa pensée.

Mobilisé comme lieutenant de réserve dans l'infanterie, il est prisonnier de guerre à l'Oflag IV-D (Elsterhorst) durant la Seconde Guerre mondiale. Pendant sa période de captivité, Jean Guitton rédige plusieurs ouvrages (L'existence temporelle, Essai sur l'amour humain). Il organise régulièrement des cours de philosophie, notamment sur la pensée de Bergson, dont nul n'ignorait qu'il était juif, ce qui lui valut certaines difficultés.

La captivité est pour lui l'occasion d'écrire et de publier un essai métaphysique et politique sur l'identité française : Fondements de la communauté française. Dans cet ouvrage, préfacé par Philippe Pétain à qui est dédié le texte, Jean Guitton propose de redonner à la « France nouvelle » qu'il pense voir naître depuis la Défaite, une « mystique » (II, 3) qui réussirait la synthèse du meilleur de l'Ancien Régime et de la Révolution française. Son Journal de captivité 1942-1943 se fait aussi l'écho de ses préoccupations politiques : il y raconte, entre autres choses, son engagement dans le « Cercle Pétain » du camp, où il donne des conférences et organise des rencontres entre officiers français et allemands. Plusieurs pages du Journal sont publiées, dès le , dans l'hebdomadaire pétainiste Demain, dont la mission était de rassembler les catholiques de tous bords autour du Pétain. Le , il comparaît devant une commission d'épuration, qui lui demande de reconnaître ses erreurs afin d'éviter une condamnation. Il y défend ses convictions, le régime de Vichy et Pétain et refuse d'admettre qu'il s'est trompé. Le , la commission demande sa rétrogradation dans l'enseignement secondaire et l'interdiction d'enseigner la philosophie, pour « intelligence avec l'ennemi et aide à la propagande allemande ».

Guitton est nommé au Lycée d'Avignon. Révolté par cette « inique épuration » il introduit une requête auprès du Conseil d'État. Celle-ci est instruite par Georges Pompidou, qui est alors maître des requêtes (ceci n'est pas prouvé). La décision de la commission d'épuration est finalement annulée par un arrêt en date du , arguant du fait que « les membres du Conseil supérieur d'enquête ainsi que ceux des conseils académiques ne peuvent siéger dans les affaires où ils sont plaignants ou témoins » et en raison de la présence d'un compagnon de captivité de Jean Guitton parmi la commission (Guitton, 86.978, ). Jean Guitton est réintégré dans l'enseignement supérieur et nommé à la faculté de Dijon.

Ami intime de M Montini, futur pape Paul VI, il est protégé des rigueurs de l'Index. Il est appelé par Jean XXIII à participer comme simple laïc au concile Vatican II. Parallèlement, il continue de publier des ?uvres philosophiques et apologétiques, qui ont fait de lui l'un des plus grands penseurs ayant étudié le catholicisme au XX siècle.

Il contribue d'autre part à faire connaître la mystique française Marthe Robin (voir son livre Portrait de Marthe Robin) qu'il allait voir régulièrement et à qui il demande conseil avant de se présenter à l'Académie française.

Soutenu par Gabriel Marcel, il est nommé en 1955 à la chaire d'histoire de la philosophie et de philosophie à la Sorbonne, en dépit de l'opposition de Vladimir Jankélévitch et de Jean Wahl qui y voient le retour du pétainisme. Ses premiers cours sont perturbés par des étudiants qui le traitent de « collabo ». Il est élu le à l'Académie française, au fauteuil de Léon Bérard (1876-1960). Le philosophe marxiste Louis Althusser, qui fut son élève et qui l'admirait, vient le voir secrètement à plusieurs reprises en pour dialoguer de nuit avec lui. En 1987, c'est au tour de l'Académie des sciences morales et politiques de lui ouvrir ses portes, au fauteuil de Ferdinand Alquié.

Il continue d'écrire jusqu'à la fin de sa vie. En 1984, il fait part de ses réflexions sur la mort et l'au-delà dans L'Absurde et le Mystère, à la suite de discussions avec le président de la République François Mitterrand, alors atteint d'un cancer. En 1991, il est entrainé dans une affaire de plagiat lorsque l'astrophysicien Trinh Xuân Thuân accuse les frères Bogdanoff d'avoir plagié son livre La Mélodie secrète (1988) pour leur livre d'entretiens avec Guitton intitulé Dieu et la science.

Pratiquant la peinture depuis son enfance, il y est fortement conduit et encouragé par Édith Desternes, peintre aux résidences parisienne et charitaine (à Moulins et au Veurdre), qui l'invite à exposer régulièrement ses ?uvres à la Galerie Katia Granoff de Paris. Guitton a notamment peint un Chemin de croix pour l'église Saint-Louis-des-Invalides : pour chaque station, pour chaque arrêt en ce chemin, il a réalisé une « toile » ? une icône ? sur laquelle il a écrit une courte phrase que la peinture éclaire et qui révèle ce qu'il a peint. Jean Cocteau l'a aussi incité à décorer la chapelle des Prémontrés à Rome, puisque saint Gilbert, patron du Bourbonnais, avait fondé un monastère relevant de l'ordre des Prémontrés près de Saint-Pourçain-sur-Sioule.

Mort et hommage

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Jean Guitton meurt le , à 97 ans dans le 5 arrondissement de Paris. Il repose dans la chapelle, adossée au cloître, qu'il avait conçue et décorée en 1970, non loin de sa chaumière du hameau du Deveix à Champagnat (Creuse).

Il est évoqué dans le 155 des 480 souvenirs cités par Georges Perec dans Je me souviens.

  1. ? Par ailleurs, la mère de Jean Guitton était originaire de Champagnat, dans la Creuse.
  2. ? Voir dans Un siècle, une vie 1988, p. 430, le chapitre sur Jacques Chevalier.
  3. ? « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 | Ressources numériques en histoire de l'éducation », sur rhe.ish-lyon.cnrs.fr (consulté le )
  4. ? « Généalogie succincte de Jean Guitton », sur noms.rues.st.etienne.free.fr (consulté le )
  5. ? Voir dans Un siècle une vie 1988, le chapitre sur "L'évolution créatrice" et le chapitre sur Bergson. Dans le même ouvrage, voir aussi les chapitres sur Althusser, Camus, Daniel Halévy, etc.
  6. ? Un siècle, une vie, Robert Laffont, 1988, p. 137-138 (Chapitre 3, « Bergson »).
  7. ? Fondements de la communauté française, Lyon, Plon, coll. "Cahiers des captifs", n 1, 1942.
  8. ? Jean-Louis Clément, Les évêques au temps de Vichy : loyalisme sans inféodation : les relations entre l'Église et l'État de 1940 à 1944, Paris, Beauchesne, coll. « Bibliothèque Beauchesne », , 279 p. (ISBN 978-2-7010-1355-8 et 2701013550, lire en ligne), p. 101-102
  9. ? Journal de captivité 1942-1943, Paris, Montaigne, 1943 ; réédition sous le titre Pages brûlées. Journal de captivité 1942-1943, Paris, Albin Michel, 1998.
  10. ? Ibid., 1998, p. 31 et 130-131.
  11. ? Gisèle Sapiro, La Guerre des écrivains 1940-1953, Paris, Fayard, 1999, p. 55.
  12. ? Jean-Jacques Antier, La vie de Jean Guitton, Paris, Perrin, , 436 p. (ISBN 978-2-262-01479-7, lire en ligne)
  13. ? Cf. Guillaume Gros, Philippe Ariès : un traditionaliste non-conformiste : de l'Action française à l'École des hautes études en sciences sociales, 1914-1984, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et Civilisations », , 338 p. (ISBN 978-2-7574-0041-8 et 275740041X, Philippe%20Ariès:%20un%20traditionaliste%20non-conformiste lire en ligne), p. 137
  14. ? Jean Guitton écrit, à propos de Marthe Robin : « Plus de cent mille personnes (?) ont défilé dans votre petite chambre. Et moi, j'y suis venu bien des fois puisque je crois vous avoir vue pendant vingt-cinq ans, et chaque année une heure ». Citation extraite de Lettres ouvertes, Jean Guitton, Lettres ouvertes, Paris, Payot & Rivages, coll. « Bibliothèque scientifique », , 248 p. (ISBN 978-2-228-88736-6 et 2228887366)
  15. ? Henri Fesquet, Henri Tincq et Jean-Baptiste Huynh, « Jean Guitton, le dernier des grands philosophes catholiques », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  16. ? Il le confia lors d'une conférence qu'il fit devant le corps professoral en 1970 à l'Institut catholique pour répondre au livre de Raymond Aron, Marxismes imaginaires : d'une sainte famille à l'autre, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », , 345 p. (ISBN 978-2-07-040491-9 et 2070404919).
  17. ? Hervé Morin, « La réputation scientifique contestée des frères Bogdanov », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès payant)
  18. ? Dictionnaire des Philosophes, P.U.F., 1984, p. 1112
  19. ? Insee, « Extrait de l'acte de décès de Jean Marie Pierre Guitton », sur MatchID
  20. ? Cimetières de France et d'ailleurs
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